Rencontre avec Edson Ramirez, IRD Bolivie
Samedi 7 mars, La Paz
Dans la continuation de notre projet sur la recherche des impacts du réchauffement climatique, nous avons fait la rencontre de M. Edson RAMIREZ qui nous a donc expliqué son travail en Bolivie ainsi que sa vision des changements climatiques. M. RAMIREZ est hydrologue de formation et a commencé à s’intéresser à la glaciologie quand M. Bernard Francou de l’IRD (personne qui nous a donné la plupart de nos contacts en Amérique du Sud) est venu s’installer en Bolivie pour commencer ses travaux sur les glaciers d’Amérique Latine dans les années 90. Le travail de l’équipe consiste en l’observation et le suivi des glaciers de Bolivie mais coordonne aussi des travaux de glaciologie en Amérique Latine.
Dans l’hémisphère sud il pleut plus pendant l’été : février, mars et avril. C’est donc à cette période qu’il neige sur les glaciers en hauteur. Le problème est que si la température augmente, il pleut sur les glaciers ce qui n’entraîne pas la régénération du glacier mais accélère même sa fonte. Ainsi les glaciers ici sont plus sensibles au réchauffement climatique. La situation est alarmante, M. RAMIREZ illustre ce fait avec des photos du célèbre glacier de Chalcataya. Ce glacier était célèbre car c’était la plus haute « station de ski » -5 300m- aujourd’hui on en parle au passé….Entre 1994 et 2005, le glacier a disparu à 90%, et aujourd’hui il n’y a plus de glace dessus…
Dans les années 70, le phénomène El Nino (courant chaud du pacifique qui crée un vent chaud vers l’est) a été important. Ce qui a entraîné une baisse de la quantité de neige qui est tombée. « La neige agit comme une crème solaire pour le glacier »nous dit M. RAMIREZ , et plus la neige est blanche moins elle absorbe les radiations (le contraire du noir). S’ il neige moins, la qualité de la neige en pâtit, le résultat est que le neige est plus sombre et donc que le glacier fond plus vite (albédo = propension de la neige à renvoyer les radiations dans l’atmosphère). La plupart des glaciers d’Amérique Latine sont donc dans une phase de diminution plutôt que d’augmentation.
A cette hausse de température, on note également une baisse de la pluviométrie.
Les ressources en eau sont utilisées à La Paz pour l’eau potable et la production hydroélectrique. Le barrage en dessous du Huayna Potosi a un niveau actuel de 5 m trop bas par rapport aux années précédentes. Pour le moment, l’offre en eau et en électricité est encore supérieure à la demande mais on estime que fin 2009 il risque de y avoir des problèmes d’approvisionnement. A ceci peut s’ajouter des mouvements sociaux quant à la pénurie d’eau. La ville de l’Alto, juste au dessus de La Paz croît de 5% par an, et l’offre en eau ne va pas suivre. Les gens doivent déjà acheter de l’eau pour boire M. RAMIREZ ajoute que: « les solutions sont bien sû d’augmenter le nombre de barrages mais l’économie bolivienne rend difficile des projets urgents ». Les projets d’adaptations sont lents à prendre forme (exemple : construction de barrage).
L’économie qui est basée en partie sur le tourisme risque aussi d’en pâtir, on ne vient déjà plus skier sur la plus haute station du monde et on risque de ne plus venir grimper sur les célèbres glaciers andins, le Huayna Potosi, l’Illimani,…
En revanche le gouvernement prend conscience de la vulnérabilité de la Bolivie quant aux changements climatiques. Dernièrement a été créé un Ministère de l’Eau qui vient tout juste de changer en un Ministère de l’Eau et de l’Environnement. Cette année, lors du célèbre carnaval d’Oruro, les gens qui avaient usuellement l’habitude de jouer avec l’eau, ont dû changer leurs manières de fêter l’événement, le gouvernement a commencé à prendre des mesures préventives. On peut voir en ville des bannières pour l’économie d’eau.
Nous remercions bien M. RAMIREZ de nous avoir bien expliqué le travail de l’IRD en Bolivie. La Bolivie nous a surpris par son extrême diversité (cordillères andines, salars, Amazonie, glaciers, altiplano, lac Titicaca,…), et nous avons vu les impacts très rapides des changements climatiques sur les glaciers.