Rencontre avec Boris Dewitte de l’IRD au Pérou

Boris Dewitte, chargé de recherche à l’IMARPE (IFRMER Péruvien) nous a reçus comme on ne s’y attendait pas. Mercredi soir cocktail pour la venue de la direction de l’IRD à Lima. Décidément on tombe à pic, tous les scientifiques sont là, quelques verres de pisco (délicieux alcool local) et petits fours et on commence à découvrir le travail de chacun. Le RDV est pris deux jours plus tard au laboratoire de l’IMARPE pour découvrir plus en profondeur leur travail.

Commençons par une simple approche expérimentale: l’eau est froide, voire très froide dans le coin. Étonnant quand la température extérieure est étouffante. Comment est-ce possible ?

Sur les côtes ouest de chaque continent on observe un phénomène qui s’appelle l’upwelling. Dans l’hémisphère nord le vent longe les côtes pour arriver jusqu’à l’équateur. Dans l’hémisphère sud c’est l’inverse, il remonte pour aller vers l’équateur. A la rencontre des deux vents, se forme un courant d’air : les alizés. Ce sont ces vents qui, partent vers l’ouest et qui parcourent tout l’océan, qui ont permis à Christophe Colomb d’arriver en Amérique. Malin le Chris…

Revenons aux vents qui montent et qui descendent vers l’équateur. En longeant les côtes ils renvoient l’eau perpendiculairement à leurs directions. L’eau chaude de la côte est donc renvoyée vers l’ouest. Qui prend la place de l’eau chaude de surface renvoyée vers le large par le vent? … de la vieille eau qui est restée au fond de la mer des centaines d’années, de la bien froide des profondeurs. Bien froide mais ultra chargée en sédiments et en plancton. Cette eau froide chargée en plancton, les surfeurs ne l’aiment pas trop mais les anchois en raffolent. L’anchois péruvien représente 10% de tous les poissons pêchés dans le monde. Vous aurez compris que ces eaux froides assurent des ressourceS ultra importantes pour le Pérou. Nous reviendrons un peu plus bas sur ces eaux froides.

El Nino c’est quoi ?

Je vous expliquais plus haut ce phénomène de vent qui traverse les océans d’est en ouest. Des masses d’eau sont alors attirées vers l’ouest du Pacifique. Ces eaux se réchauffent et sont retenues à l’ouest et forment la warm pool. Vous avez suivi le schéma, l’eau froide de l’est est envoyée vers l’ouest par les vents, elle se réchauffe et sera ensuite renvoyée à l’est sous forme de nuages. La surface de la terre est remplie de ces « boucles thermiques » qui engendrent les climats que l’on connait.

Mais qu’est ce que c’est que ce el Nino là dedans? Parfois les vents qui maintiennent l’eau chaude à l’ouest s’arrêtent d’un coup, les chercheurs ne savent pas vraiment pourquoi. La fameuse grande piscine d’eau chaude, n’est donc plus retenue et l’eau chaude débarque sur les côtes de nos amis péruviens qui ne dépasse pas le 17°. Cette eau chaude chamboule alors tout l’écosystème de la côte. On oublie l’anchois qui vivait si bien dans l’eau froide, et les pêcheurs se retrouvent avec des poissons tropicaux et des tortues dans leurs filets. On dit que le nom de el Nino (petit Jésus) vient des pêcheurs qui voyaient ces poissons bizarres arriver dans leurs filets au moment de Noël.

Le réchauffement de l’eau entrainerait, selon une hypothèse, une remise à zéro de l’écosystème sur la côte qui serait bénéfique pour ce dernier. Je parle au conditionnel car cette hypothèse n’est pas encore vérifiée.

Et le réchauffement climatique dans tout ça ?

Le dernier el Nino s’est produit en 1997, il a entrainé un chamboulement du climat avec des fortes chaleurs sur la côte et des pluies diluviennes dans le nord du pays.

Le réchauffement climatique diminuerait l’importance du phénomène El Nino, on observe depuis 1997 seulement des “petits” el Nino qui provoquent un déplacement de la warm pool plus faible. Elle n’atteindrait plus les côtes péruviennes. Sophie Bertrand, biologiste à l’IRD, nous confie que pour le moment les effets du changement climatique ne sont pas encore bien connus. Mais quoi qu’il arrive, si les changements sont trop brutaux, les espèces n’auront pas le temps de s’adapter et par conséquent pourraient disparaitre.

Le travail de l’IRD au Pérou

Notre scientifique, Boris Dewitte et son équipe travaillent sur la modélisation. La modélisation ça consiste a représenter par des équations, sûrement très compliquées, la réaction des éléments entre eux sur une partie de la terre. Ainsi on peut essayer de reconstituer les différents cas de figure et prévoir l’évolution du climat. Par exemple :est-ce que la température monte si il y a plus de CO2 dans l’air?

La modélisation divise la terre en plein de petits carrés de 200 kms de côté. Afin d’avoir une meilleure connaissance de l’évolution du climat dans la zone, Boris Dewitte et son équipe cherchent à diminuer la taille de ces carrés, ils appellent ça du “Downscaling”. Cette opération, qui prendra plusieurs années nous explique Boris, permettra de mieux comprendre le climat et l’incidence de ses changement sur l’écosysteme.